Femmes guerrières : Dihia, L’Amazighe Amazone, parmi les premières féministes


Bien-être, Culture, Des histoires, Lifestyle, Voyage / lundi, mai 28th, 2018

Dihia est une mère pour certains, la brillante exception dans une société patriarcale pour d’autres ou encore la sorcière, la terrible, la devineresse, la prophétesse. 

Parce que je me sens guidée par l’Esprit de cette reine, aussi courageuse que sensible, une manière de lui rendre hommage.

« PREMIER CAVALIER : 
Pour la dernière fois, 
Ecoute, ô Kahina, reine des berbères…
DIHYA (aux paysans) : 
Ils m’appellent Kahina, ils nous appellent berbères, 
Comme les Romains appelaient barbares nos ancêtres. 
Barbares, berbères, c’est le même mot, toujours le même 
Comme tous les envahisseurs, ils appellent barbares 
Les peuples qu’ils oppriment, tout en prétendant les civiliser 
Ils nous appellent barbares, pendant qu’ils pillent notre pays. »
Kateb Yacine, 
Parut dans L’œuvre en Fragments, Actes Sud.
(Région de l’Aurès)

La majorité des écrits sur cette femme reprennent son surnom Kahena dans les récits historiques ou littéraires. Kahina (signifiant « prêtresse » , « devineresse » en arabe), de son vrai nom Dihya ou Damya (en tifinagh), est une reine guerrière Amazigh zénète des Aurès ( Actuel région à l’est de l’Algerie) qui combattit les Omeyyades lors de l’invasion  islamique en Afrique du Nord au VIIe siécle.

Elle symbolise l’âme de la résistance amazighe face aux musulmans. Reine des Aurès, elle montre un courage remarquable contre l’invasion musulmane. Fédératrice des berbères, à la fois allégorie de la femme et de la mère, de la sagesse, du courage et de la liberté : La Kahina, bien plus qu’une femme, c’est un symbole. 

Plusieurs femmes ont écrit des romans sur la Kahena au xxe siècle et plusieurs penseurs ajoutent que c’est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l’Histoire. De nombreux auteurs médiévaux la considèrent comme juive, d’autres comme chrétienne  ou encore comme animiste.et Ibn Khaldoun lui attribue des pouvoirs surnaturels.

Contre la marchandisation des femmes

« Ils s’étonnent de vous voir dirigés par une femme. C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n’est que marchandise. Il ne faut surtout pas qu’on la voie de trop près. Ils l’enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé. Il ne faut surtout pas qu’elle parle, qu’on l’écoute. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. Ils ne peuvent pas comprendre, aveuglés par leur religion. » – propos allégués à la Kahina

 

Cette cheffe de guerre unifia les tribus berbères de l’Ifrikiya : de la Méditerranée au Sahara, de l’actuelle Tunisie jusqu’à l’actuelle Algérie. Cette unification n’a jamais eut d’équivalent jusqu’à aujourd’hui. En 697, elle écrase l’armée d’Ibn en Nu’man près de l’Oued Nini, à 16 km d’Aïn al Bayda (est de l’Algérie). Les troupes imazighen font tant de victimes que les musulmans appelèrent le lieu « Nahr Al Bala », ce qui se traduit par « la rivière des souffrances ».

« Cinq ans pendant lesquels la Kahina règne sur toute la région. Elle administre, elle juge, elle protège. Les guerriers et les chefs de tribus reconnaissent ses qualités de stratège. Ils font allégeance à cette femme immensément belle dont le regard fascine, cette cavalière Amazigh (Amazone?) hors pair qui combat au milieu des siens, les armes à la main. » – Gisèle Halimi

CELLE QUI RESISTA À L’ENVAHISEUR ARABO-MUSULMAN

Quinze ans après la mort du Prophète Mahomet, les armées arabo-musulmanes conquérantes arrivaient aux portes de l’Afrique du Nord. Ce pays, La numidie, jadis transformé par la civilisation romaine, en partie conquis à la foi chrétienne, va basculer dans l’empire grandissant du monde musulman.

C’est alors, que pour faire face à l’envahisseur, une femme va organiser la résistance berbère, réaliser la difficile unité de l’afrique du nord et infliger aux cavaliers arabes de cuisantes défaites. Celle-ci, connue dans l’histoire sous le nom de La Kahina, avait un caractère sacré. Elle possédait en effet un don prophétique et était vénérée de son peuple. Mais ses succès mêmes causeront sa chute.

Orgueilleuse, intransigeante, fière de ses victoires, la Kahina ne vivait plus que pour sa tribu. Mais cette femme admirable, si longtemps écoutée et obéie, ne pourra maintenir l’unité berbère et venir à bout des éternelles rivalités tribales. Dès lors, elle prédira son propre destin et, vaincue par la trahison, elle accomplira un dernier baroud d’honneur dans lequel tomberont ses meilleurs compagnons, avant qu’elle-même y laisse la vie.

CONTEXTE HISTORIQUE

L’empire romain avait envahi tout le bassin méditerranéen et une partie de l’actuelle Europe : la péninsule ibérique, la France et la Suisse. Tout le pourtour méditerranéen était aussi aux mains des Romains jusqu’à l’arrivée des Omeyades.

Les Omeyades, peuple arabe conquérant, dont le fondateur était l’oncle de Mahomet ont déployé leurs forces et ont diffusé l’Islam depuis l’an 661 et trouvèrent leur fin en Europe et notamment à la défaite de Poitiers en 732. Pendant cette longue période ils conquirent en partant de Syrie tout l’empire byzantin, l’empire khazar, la péninsule ibérique, mais toute la côte méditerranéenne de l’Afrique : l’Egypte, la Lybie, la Tunisie et une partie de l’Algérie côtière bien que les montagnes fussent occupées par d’autres populations arabes, berbères et kabyles. Cette région d’Algérie, Tunisie et Cyrénaïque (Lybie) se nommait Ifriqiya en langue arabe.

Des tribus berbères  (Amazigh) se partageaient les territoires des Aurès : les Chaouis, les Idjerawen (ou Djerawa), les Chleus, les Matmatas, les Kabyles, les Chenouis, les Djeraouas et bien d’autres. Parmi ces Berbères certains étaient désignés comme étant des Juifs d’origine mais, dans l’ensemble, ils furent tous l’objet  d’exactions et de conversions forcées vers différentes croyances : christianisme, islam, judaïsme…Les historiens et chroniqueurs divers n’ont que rarement mentionné la Kahina dans l’Histoire de l’Algérie et ce n’est surtout qu’au travers de l’Histoire des Berbères écrite entre autres par Ibn Khaldounque l’on arrive à cerner un peu mieux ce personnage

Ses parents étaient issus des Aurès et son père s’appelait Tabeta Aït  Tfan.  Elle naquit apparemment vers 660 étant donné qu’elle fut déjà combattante en  686 et qu’elle mourut en 704.

Une trentaine d’années avant sa naissance, les tribus berbères s’organisèrent en résistance pour contrer les tentatives de plus en plus nombreuses des Omeyades d’islamiser les Berbères. Cette résistance avait à sa tête un chef redoutable du nom d’ Agsila.  Il semble que Tabeta, père de Dihia prit la tête de cette résistance en 686, puis, plus tard, lorsqu’elle fut en âge adulte, Dihia fut élue comme successeur à son propre père. En excellent stratège elle décida de procéder à l’union des différentes tribus berbères d’Afrique du Nord et, avec une armée forte, elle déclencha la guerre contre les Omeyades qu’elle bat à deux reprises.

Dihia était une femme très libre et avait une intelligence d’esprit inconsidérable.  Elle était une cette guerrière berbère qui voulait unifier toutes les tribus berbères nomades et sédentaires.
La malédiction de Dihia :
Avant de mourir, Dihya aurait proféré une malédiction sinistre : « Ici règneront la terreur et les pleurs. Massacres, tueries et viols se succéderont sans discontinuer tout au long des siècles, empêchant le pays de sortir de l’enfer dans lequel il s’engouffre. »
Dihia est morte en reine digne. Elle ne s’est pas suicidée contrairement à ce que certains affirment. L’ennemi, arabe, lui a tranché la tête avec un sabre. Après sa mort, l’ennemi aurait prononcé la phrase suivante : « Ce n’était qu’une femme ».

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