Critique Film : LES OISEAUX DE PASSAGE (Pajaros De Verano)


Cinéma / jeudi, avril 11th, 2019

Présenté à Cannes en séance d’ouverture à la Quinzaine des Réalisateurs en 2018 le Les oiseux de passages ( Pajaros de varano) sort enfin en France. Il ‘intéresse à l’histoire réelle d’un peuple natif d’Amérique latine.

DÉCOR NATUREL, ÉCLAT DU RÉCIT

Aux frontières d’un cinéma chamanique les deux réalisateurs Circo Guerra ( L’Etreinte du serpent)  et Cristina Galleco nous offrent une magnifique poésie de photogénie de paysages et de couleurs d’une lutte tribale à la naissance des cartels de drogue colombiens.Ce mélange entre mystique, métaphysique et guerre des gangs nous révèle successivement l’origine des réseaux cartels en replongeant dans le passé.

Loin de l’image de Pablo escobar et du narquotrafic latino des mémoires collectives d’aujourd’hui. Les oiseaux de passage nous rappelle l’appartenance aux traditions amérindiennes et l’histoire des ces populations ancestrales remplis de croyances magiques desquels sont parti les trafiquants de drogue en Colombie. Cette genèse possède qui relève presque du documentaire par  une mixité des des genres cinématographiques entre le western, et le film noir criminel d’un coté et d’un autre de l’ordre du conte et du fantastique. L’absence des effets spéciaux, et l’usage de la langue et des traditions des Wayuu construisent un naturalisme tintée d’un réalisme qui donne une grande force au film qui se divise en 5 parties. À l’art d’un conte ou d’une tragédie théâtrale grecque.Nous avons un film de cow-boys mais vu de  l’angle des natifs américains.

Le décor du film est planté: Une tribu autogérée indienne d’une famille matriarcale des «Wayyu» dans le désert aride colombien à partir des années 1968.

Dés la  scène d’ouverture, du premier chapitre nommé  » Chants » on assiste à  un rituel prénuptial qui donnera la note magique onirique et symbolique du film notamment avec une célébration de ce passage du statut de jeune fille à celui femme. Indira sort ainsi de l’enfance, elle est la fille d’Ursula, grande femme respectée au sein du clan. Ce passage initiatique de la jeune fille est aussi une métaphore de l’innocence qui s’en va  annonciatrice du passage au nouveau monde porteur d’instabilité  et de noirceur loin de la quiétude d’antan.

Indira signifie « lumière » en Wwayuunaiki. Les Wayyu sont une société matrilinéaire ou le nom de famille se transmet par la mère mais aussi par la culture.

LES FEMMES UN RÔLE CENTRAL DU FILM

Une fête déchaînée et merveilleusement portée à l’écran nous plonge sur la dimension fantasmagorique ethnique de cette tribu indienne qui lutte pour la sauvegarde de ses traditions loin des règles extérieures du reste du monde. L’ordre féminin apparait comme fil conducteur de la trame narrative. La femme au cœur de l’intrigue est une gardienne de la famille et des coutumes propre au clan et elle est présentée comme l’espoir d’un équilibre bienveillant.

Ici les femmes détiennent un rôle tout aussi important que hommes et aussi égales à eux.  par la portée de la société matriarcale qui régit l’histoire de ce peuple. Démarche plutôt rare dans un film de genre et de mafia. Ici, les femmes sont même le moteur prépondérant de l’intrigue. Chez les Wayyu les femmes s’occupent aussi de l’économie et de la politique ce qui les rend tout aussi fortes malgré un soupçon de machisme présent dans le film.

Le clan ou la famille ? Voici la question à laquelle devra répondre Rapata pour choisir. Le gendre d’Ursula est simple vendeur et négociant de café avec les  » étrangers » aussi appelés « gringos » avant de la transformation doucement de son business en marché de marijuana avec une hausse de la demande de la part des jeunes insouciants américains à la recherche d’extase. Tout parait si idyllique dans ce début des années 1970 par l’avènement du marché de la marijuana. Des psychotropes pour les uns et de l’argent pour les autres. L’honneur ancestrale essaye de résister à la voracité ardente des hommes et leurs désirs d’argent et de pouvoir.

Les oiseaux de passage indique comment l’arrivé des touristes américains met en péril la sérénité du peuple Wayyu et comment l’argent facile de la marijuana fait perdre la tête et les valeurs des traditions, ainsi que le sens de la famille le non-respect des femmes et des règles chez certains de ce peuple. Cette reconstitution poético-criminelle nous dresse alors une perte d’harmonie et la création des guerres de cartels.

L’ascension et l’enrichissement d’un côté et la déchéance et l’annihilation du clan familiale matriarcal de l’autre. Le non respect des regles de paix entraine irrémédiablement le déséquilibre des territoires et des familles accentué par la colère des anciens esprits pointée au travers des rêves prémonitoires de Indira. C’est ainsi que le pouvoir corrupteur de la monnaie entrainera une perte de l’identité des population indigènes et la dissidence de ce peuple.

PROSPERITE ET DÉCADENCE 

De la prospérité à la déchéance, on assiste  à mesure des chapitre d’une évolution ethnographique à un  genre hollywoodien avec l’installation de la drogue. Le spectateur est invité à découvrir pour apprendre plus sur cette histoire colombienne. Riche d’apprentissage.On peut penser au cinema de Souleymane Cissé comme dans son film Yelen entre conflits politique et perpétuité des traditions dans un genre fantastique et de l’orde du symbolisme.

Au delà des guerres de drogue le film nous interroge de manière directe sur la place des coutumes naturelles en opposition au monde moderne occidentale et du danger capitaliste. Les réalisateurs ont su offrir à merveille cette invitation à la réflexion dans ce champs de chaos sublime qui donne un ton naturel et plein de véracité. Partir d’un constat géographique ethno-culturelle des amérindiens pour amorcer la fondation de ce qu’est aujourd’hui le narco trafic et  ses abîmes de la folie meutrière.

Réalisation : Cristina Gallego, Ciro Guerra
Scénario: Maria Camila Arias, Jacques Toulemonde
D’après une idée originale de Cristina Gallego
Image : David Gallego
Décors : Angélica Perea
Son : Carlos García, Claus Lynge
Montage : Miguel Schverdfinger
Musique : Leonardo Heiblum
Productrices: Katrin Pors, Cristina Gallego
Une production Ciudad Lunar, Blond Indian Films, Pimienta Films, Films Boutique, Snowglobe
En association avec Caracol Tv, Dago García, Cinecolombia, Bord Cadre Films, Labo Digital, EFD

 

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